Appel à communication pour le double colloque qui sera organisé à Strasbourg et Clermont en 2011/2012 sur la « Présence de la déclamation »
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Date limite: 15 juin 2010
Journées d’étude organisées par l’équipe d’accueil EA 174 “Formes et idées de la Renaissance aux Lumières” et l’EA 3979 “Les Cultures de l’Europe Méditerranéenne et Occidentale” (LECEMO) dans le cadre du programme ANR SHS Conflits, guerres, violence et du projet fédératif de recherche DEFI Dialogues Espagne France Italie : littératures, culture et construction de la modernité (XIVe-XVIIIe siècle).
Responsables : Corinne Lucas-Fiorato et Florence Ferran.
Présentation du projet d’étude
Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes de Giorgio Vasari répondent à l’angoisse obsédante d’une impossible renaissance des arts : “L’interminable déluge de maux qui avait englouti et noyé la malheureuse Italie n’avait pas seulement ruiné tous les édifices dignes de ce nom, mais aussi, ce qui est plus grave, réduit à néant le nombre des artistes”. Comment surmonter les dévastations du Moyen Age, ses destructions, ses oublis, si ce n’est par un intérêt nouveau pour la conservation des oeuvres, les débuts d’une pensée archéologique et une attention prêtée à la postérité des artistes ?
Les vies qui donnent une première forme à l’histoire de l’art moderne se situent dans une Histoire qui est d’abord celle des guerres et des hommes illustres qui les ont faites : sac de Rome en 1527 qui disperse les artistes et diffuse le maniérisme à travers l’Europe ; guerres d’Italie jalonnant les récits de Vasari, et qui trouvent un écho chez les historiographes français Félibien et Dubois de Saint-Gelais, sensibles aux effets de la Fronde ou des guerres de religion sur les artistes : commandes suspendues, exils, exclusions de l’Académie, interdictions de partir étudier à Rome, ou retour forcé à Paris. La guerre peut aussi valoriser la trajectoire des artistes, quand leurs talents sont mis au service de l’art militaire et que leurs oeuvres célèbrent les victoires des grands ou font le salut d’une ville (c’est l’épisode ressassé de Démétrius levant le siège de Rhodes en hommage à Protogène).
Si les artistes partagent, dans l’épreuve de la guerre, un destin collectif, on s’étonnera de la fixation des biographes sur les rapports de l’activité artistique à la violence : Beccafumi qui meurt d’épuisement au travail ; Le Corrège, terrassé par le chargement de monnaie que lui valut sa dernière oeuvre ; Francesco Francia, frappé de mélancolie à la vue d’un tableau de Raphaël. Que les faits relatés soient exacts ou fictifs, depuis l’étude de Kris et Kurz, on sait que ces biographies vont puiser, dans un répertoire de motifs stéréotypés, des éléments permettant de penser l’idée même d’artiste, la place singulière de ces métiers, toujours en quête de reconnaissance au XVIIIe siècle. Le travail de Rudolf et Margot Wittkower, après celui d’Arnold Hauser, a également montré que la question de l’aliénation, d’une « différence » de comportement de l’artiste devait être envisagée dans le cadre des stratégies d’émancipation ou de promotion sociales qui avaient constamment motivé la conduite de ces récits.
Penser la singularité de l’artiste dans sa dimension tragique plutôt que burlesque, comme l’avait fait Boccace, contribuerait ainsi à en fonder la grandeur. Car l’autonomie se conquiert au prix de rapports de force passionnés. Il ne suffit pas de se libérer du joug – comme de la protection – des corporations, encore faut-il savoir se comporter – en courtisan ? – avec ses puissants commanditaires. Au moment même où en Italie on reconnaît la valeur intellectuelle du travail artistique, qui aboutira en 1563 à Florence à la naissance de l’Académie du dessin – la première en Europe – les artistes subissent le jeu sans merci de la concurrence, entre autres économique. Que deviennent les rivalités dans un tout autre contexte politique, celui de la monarchie absolue en France ? Elles sont acharnées : car entre Le Brun et Mignard, ou entre Le Moyne et Noël Nicolas Coypel, c’est la faveur du premier des collectionneurs qui se joue, celle du roi, mais aussi une place dans la cité, et la noblesse de leur art. Poussin, lui, relève Félibien, a marqué son indépendance en refusant de rentrer de Rome à Paris malgré les injonctions royales, de même que Michel-Ange n’avait pas cédé aux nombreuses démarches et prières du duc Côme de Médicis pour le faire revenir de Rome à Florence. Il y a des artistes tout simplement heureux de peindre, dessiner, sculpter, mais certains voient leur ambition, ajoutée à la passion du travail, tourner à la fureur et se retourner contre leurs oeuvres, quand ce n’est pas contre eux-mêmes : suicide de Lemoyne en 1737 après l’achèvement du Plafond d’Hercule (Caylus), lacération en 1763 des Trois Grâces par Van Loo (Dandré-Bardon), incapable d’affirmer comme d’autres sa belle liberté à l’égard des normes fixées par la critique des Salons.
On sera amené à se demander comment se construisent, entre XVIe et XVIIIe siècle, en Italie, France, et Espagne, les images d’une activité artistique à laquelle est attaché le syndrome de la mélancolie, comment ces images évoluent pour engendrer, au siècle suivant, le topos de l’ « artiste maudit ». Comment se modifie au fil des siècles, et selon les contextes historiques différents, le regard porté sur les rapports de l’art à la violence. Quel éclairage les violences de la guerre, de la concurrence et de l’oppression viennent-elles porter sur les pratiques des professions artistiques ? Quel rôle narratif et idéologique l’épisode violent joue-t-il dans l’histoire et la pensée de l’art et de l’artiste ? Et en retour, quel impact formel le traitement de la violence a-t-il pu avoir sur le genre des Vies d’artistes, quels modèles et inventions littéraires a-t-il convoqués, suscités ? Autant de questions qui seront l’occasion d’un regard comparatiste sur les réécritures et le renouvellement du genre des Vies d‘artistes entre XVIe et XVIIIe siècles. Envoi des propositions de communication avant le 15 juin 2010 à Corinne Lucas-Fiorato cfiorato@aol.com et Florence Ferran fferran@univ-paris3.fr
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Présentation
- Date de la manifestation : juin 2011
- Lieu : Paris, Maison de la Recherche (Centre Saulnier, Université Paris – Sorbonne)
- Organisateurs : Olivier Halévy (Université Sorbonne nouvelle – Paris 3, SYLED) et Michel Jourde (ENS Lyon – Cerphi, UMR 5037)
- Publication des actes : Presses de l’Université Paris – Sorbonne
- Manifestation associée : exposition « Geoffroy Tory » (Musée national de la Renaissance d’Ecouen, avril – juillet 2011). Coproduction BnF - Musée national de la Renaissance. Commissaires : Stéphanie Deprouw, Magali Vène et Olivier Halévy.
Echéances
Les propositions de communication (une page maximum) doivent être envoyées avant le 15 juin 2010 aux adresses suivantes : olivier.halevy@free.fr et michel.jourde@ens-lyon.fr. Les réponses seront données avant le 10 juillet 2010. Des propositions qui n’auront pu être retenues pour la journée d’étude pourront donner lieu à des articles publiés dans le volume final.
Projet scientifique
A la fois philologue, éditeur scientifique, traducteur, libraire, imprimeur, passeur culturel et peut-être graveur et relieur, Geoffroy Tory (vers 1480-1533) est une figure inclassable de la première Renaissance française qui croise les disciplines (linguistique, stylistique, gravure, architecture, philosophie, histoire, etc.) et multiplie les innovations. Occupant diverses fonctions dans l’univers du livre, il est à la fois un théoricien original et un praticien qui propose des réalisations aussi soignées qu’atypiques, notamment quant au lien entre le texte et l’image. Auteur avec le Champ fleury (1529) de l’un des plus beaux livres imprimés de la Renaissance française, premier « imprimeur du roi », acteur important du processus de grammatisation de la langue française, introducteur de signes auxiliaires comme la cédille et les guillemets modernes, concepteur de motifs iconographiques comme celui de l’Hercule gaulois, premier éditeur de l‘Adolescence clémentine, introducteur des bordures à arabesques, Geoffroy Tory est, autour du livre imprimé, ce qu’on pourrait appeler un « opérateur de pluridisciplinarité ». Par son ampleur, sa variété, voire ses contradictions, l’oeuvre de Tory est non seulement un document de première importance sur les enjeux de la mise en livre et de la grammatisation dans la France du premier tiers du XVIe siècle, mais aussi une oeuvre en soi, singulière et atypique, dont les limites demeurent encore mal circonscrites et dont les formes et les fonctions restent à interpréter.
Son oeuvre a d’abord tellement fasciné que les chercheurs lui ont attribués des manuscrits, des miniatures, des gravures, des traductions et même un élève en la personne du célèbre typographe Claude Garamond. Depuis, beaucoup de ces attributions lui ont été retirées, tandis que ses réalisations incontestables faisaient l’objet de travaux spécialisés. Mais les études se sont le plus souvent concentrées sur le Champ fleury et il n’existe toujours pas de nouvelle synthèse depuis celle qu’Auguste Bernard a publiée il y a plus de 150 ans. Les représentations de Tory varient même sensiblement selon les perspectives adoptées et les disciplines des chercheurs. Cette journée d’étude monographique voudrait donc contribuer à combler cette lacune en croisant les approches, essentiellement autour de quatre questionnements :
- la biographie de Tory : origines berruyères, séjours italiens, carrière parisienne dans l’enseignement et la librairie…
- la contextualisation et l’analyse socio-culturelle du parcours de Tory : milieux, collaborations, patronage, publics…
- l‘analyse de l’oeuvre de Tory : oeuvre littéraire, linguistique, éditoriale, typographique, graphique (gravure, reliure…).
- la réception de l’oeuvre de Tory : chez les historiens, les grammairiens, les écrivains, les artistes, les imprimeurs…
Responsables : Olivier Halévy et Michel Jourde
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